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La liberté d'être oublié

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Il y a une forme de mélancolie quand tu comprends que le prix de la paix intérieure, c'est peut-être aussi la dégradation progressive de ta capacité à entretenir des relations.

Tu deviens un peu un fantôme, même au sein de ton propre cercle social. Et puis, un jour, tu réalises que beaucoup d'interactions se résument à des hérissons qui essaient de se convaincre que leurs piques ne sont « pas si pointues ». Cette comédie finit par épuiser tout le monde.

Franchement, je crois même qu'il y a une vraie liberté à être celui qu'on oublie.

Parce que c'est justement la peur d'être perçu comme compliqué ou difficile qui fait tourner la machine. La plupart d'entre nous, quelque part, ont très peur de perdre leur statut. D'être celui qui ne progresse pas, qui ne coche pas les cases. D'être celui qui n'a pas le bon masque, pas le bon réseau, pas la bonne image.

J'ai parfois l'impression de voir la version fonctionnelle de moi-même. Celle qui paie les factures, répond aux mails, joue son rôle.

Et parfois, je me demande ce qui se passerait si j'arrêtais intérieurement. Pas dans le sens de tout plaquer pour aller vivre dans un tonneau. Simplement arrêter de m'inquiéter d'être agréable. Arrêter de négocier ma forme pour rassurer les autres.

L'honnêteté de l'outsider

Je crois qu'être outsider demande une forme de radicalité dans l'honnêteté.

Quand tu arrêtes de vouloir rentrer dans le puzzle, ou dans le rang comme on dit chez nous, tu peux enfin voir l'image entière. Et là, tu te rends peut-être compte que le rang que les gens convoitent est assez moche. Que la moitié des pièces ont été forcées pour rentrer.

On est tous épuisés à force d'essayer de maintenir un monde qui n'existe pas vraiment. Le problème, c'est que la société déteste souvent les gens sans honte, ceux qui refusent de jouer.

Mais au fond, je pense que beaucoup les envient en secret. Parce qu'eux aussi voudraient être libres de cette obsession de rentrer dans le puzzle.

Ne pas attendre la permission

On perd un temps fou à attendre une permission qui ne viendra jamais.

L'évidence, c'est que le monde ne va pas devenir plus sain par magie. Le pire reste possible, pas seulement le meilleur. Et il y a un énorme soulagement dans le fait d'accepter que le monde continuera de tourner même si tu ne viens pas jouer ta scène aujourd'hui.

La plupart des gens ont la trouille de cette idée. Ils veulent être essentiels, importants, influents, parfois sans substance. Ils veulent être le hérisson au centre du groupe parce qu'ils pensent que la chaleur vaut les aiguilles.

Moi, je crois avoir trouvé ma distance du milieu.

Parfois il fait un peu froid, parfois un peu solitaire. Mais j'arrive à respirer. J'ai la paix, et je ne suis pas obligé de réajuster mon masque toutes les deux minutes pour que les voisins ne voient pas le vide en dessous.

Une lanterne allumée

Demain, je retournerai sur le flux. Je jouerai mon rôle, un peu maladroit dans la grande pièce collective. Avec la facilité pratique de ceux qui ont cessé de croire au scénario depuis longtemps.

Je ferai de mon mieux comme quelqu'un qui a eu beaucoup d'entraînement. Mais avec une lanterne allumée dans la poitrine, en cherchant l'homme honnête dans le miroir.

Peut-être qu'il existe une forme de rébellion qui ne passe pas par le feu ou les explosions. Peut-être que c'est simplement le fait d'être fonctionnel à l'extérieur, tout en étant absent à l'intérieur quand il le faut.

C'est garder intacte la forteresse intérieure pendant que le reste du monde hurle pour des choses qui, la plupart du temps, n'ont pas tant d'importance que ça.

Voilà, je crois que j'ai fait le tour de ce sujet pour aujourd'hui.

Merci d'avoir lu.

This piece captures my thinking at the time of writing. Like everything living, my perspectives evolve. What is true for me today might not be tomorrow. If you find an error or want to discuss, feel free to reach out.

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