Axis Ibeji
Construire une infrastructure culturelle quand personne ne l'a demandé. Le détour d'un photographe vers la blockchain et la tech muséale.

Je ne me suis pas fixé pour objectif de construire une agence de technologie culturelle. Je voulais être photographe.
En 2017, je documentais la scène artistique de Cotonou-vernissages, studios d'artistes, murales de rue. Mais plus je photographiais, plus je remarquais un pattern : les artistes créaient un travail incroyable, mais il circulait sans protection, sans trace, sans souveraineté.
Un peintre vendait une pièce à un collecteur. Pas de contrat. Pas de certificat. Juste une poignée de main et du cash. Cinq ans plus tard, cette peinture resurfaçait dans une maison de ventes aux enchères à Paris pour 10x le prix. L'artiste ? Jamais contacté, jamais compensé.
Je n'arrêtais pas de penser : Il doit y avoir une infrastructure pour ça.
Le Pivot : De l'Objectif au Code
En 2021, j'ai arrêté de faire des photos et je me suis inscrit dans un bootcamp de code. Mes amis pensaient que je faisais une crise du quart de vie. Peut-être. Mais je devais comprendre comment construire les systèmes que je n'arrêtais pas de vouloir qui existent.
J'ai passé deux ans à apprendre : Python, JavaScript, bases de données, basics blockchain. J'étais un terrible étudiant-impatient, sautant toujours en avant pour construire des choses avant de comprendre les fondamentaux. Mais j'ai shippé des projets. Des projets laids et cassés qui marchaient à peine. Mais ils marchaient.
En 2023, j'ai eu une décision à prendre : retourner à la photographie avec de nouvelles compétences techniques, ou doubler sur la construction d'infrastructure. J'ai choisi l'infrastructure.
C'est là qu'Axis Ibeji est né.
C'est Quoi Exactement Axis Ibeji ?
Honnêtement, je suis encore en train de le découvrir. La réponse la plus simple : Axis Ibeji est la structure holding pour tous les outils d'infrastructure culturelle que je construis.
Ce n'est pas une agence traditionnelle. Nous n'avons pas d'équipe de vente ou de budget marketing. C'est plus comme... un atelier ? Un labo ? Un département R&D personnel déguisé en entité business ?
Le nom lui-même est intentionnel : Ibeji signifie "jumeaux" en Yoruba-représentant la dualité dans laquelle je vis. Je partage mon temps entre Helsinki (où j'ai appris la pensée systémique et la précision du design nordique) et Cotonou (où j'ai appris la narration et le contexte culturel). Axis Ibeji est le pont.
L'Architecture des 4 Piliers
Avec le temps, le travail s'est organisé en quatre projets interconnectés :
1. Restitution Digitale 3D
Scan haute-fidélité d'artefacts culturels pour rapatriement virtuel. J'ai commencé ça après avoir visité un musée finlandais qui avait des bronzes béninois en réserve-des artefacts qui n'avaient pas été vus par des Béninois depuis 120 ans. Si on ne peut pas récupérer les objets physiques (politique, bureaucratie), peut-on au moins créer des jumeaux numériques parfaits ? C'est le pari.
2. Meridian Artifact ID
Système de provenance phygital utilisant des puces NFC embarquées dans les œuvres. Ça vient d'avoir regardé trop de cas de fraude aux enchères où des peintures étaient "authentifiées" par des réseaux d'experts opaques. Et si l'authentification était cryptographique au lieu de politique ? Toujours en train de le comprendre.
3. Meridian Archive
Logiciel de gestion de collections muséales qui ne coûte pas $50k/an. Né d'avoir regardé une conservatrice de musée gérer 10,000 artefacts dans un tableur Excel. Elle méritait de meilleurs outils. Alors je les construis.
4. Noutita
Protocole de souveraineté créative pour l'ère IA. C'est le projet le plus spéculatif-encore en phase de recherche. L'idée : peut-on prouver le processus derrière le travail créatif, pas juste l'output final ? Premiers jours.
Les Vérités Difficiles
L'Argent c'est Bizarre
J'ai tout bootstrappé. Pas d'investisseurs, pas de subventions (essayé, échoué, abandonné la bureaucratie des subventions). Ça signifie que le progrès est lent. Je prends des projets clients pour payer le loyer, puis les soirs/weekends vont à ces outils.
Certains mois j'ai fait $0. D'autres mois $5k. C'est instable. Ma mère pense que je devrais avoir un "vrai travail." Elle a peut-être raison.
Crise d'Identité
Suis-je un développeur ? Un consultant ? Un artiste ? Une personne de musée ? La réponse est "oui" ce qui confond tout le monde. Les clients potentiels ne savent pas dans quelle boîte me mettre. Moi non plus.
La Confiance Prend une Éternité
Les musées sont des institutions de 100+ ans. Je suis une personne avec un laptop. Pourquoi devraient-ils me faire confiance avec leurs collections ? Question juste. J'ai appris à mener avec l'écoute, pas le pitch. Passer des mois à comprendre leur monde avant de proposer des solutions.
Une conservatrice m'a dit : "Vous êtes la première personne tech qui ne nous parle pas de haut." Ça a fait mal à entendre, mais ça expliquait aussi pourquoi l'adoption est lente.
La Dette Technique est Réelle
J'ai pris des décisions architecturales en 2021 qui me hantent en 2025. J'ai choisi des tech stacks parce qu'ils étaient tendance, pas parce qu'ils correspondaient au problème. Les rewrites sont coûteux. Je paie encore pour ces erreurs.
Où On en Est
Axis Ibeji est opérationnel avec des projets actifs au Bénin, en Finlande et en France. Les clients incluent musées, collectionneurs privés et fondations culturelles. Le revenu est modeste mais en croissance (~$3-5k/mois). L'équipe c'est encore juste moi + collaborateurs occasionnels.
Victoires récentes :
- Scanné 50+ artefacts pour partenaires musées
- Déployé logiciel de gestion de collection dans 3 institutions
- Invité à parler à une conférence tech muséale (syndrome de l'imposteur intensifié)
Luttes honnêtes :
- Toujours en train de comprendre le modèle business durable
- La photographie me manque parfois (le feedback instantané, la beauté tangible)
- Solitaire travailler solo sur infrastructure long-terme
Et Après ?
Je n'ai pas de plan 5 ans. J'ai une direction : continuer à construire des outils qui donnent aux artistes et institutions souveraineté sur leurs données culturelles.
Court terme :
- Embaucher premier employé (quelqu'un qui peut faire design/UX)
- Publier versions open-source des core tools
- Peut-être écrire un livre sur ce voyage ?
Long terme :
- Axis Ibeji devient infrastructure qui me survit
- D'autres personnes forkent les outils, les améliorent, les emmènent dans de nouvelles directions
- Je retourne à la photographie, sachant que les systèmes existent
C'est le pont entre code et culture. Entre précision d'Helsinki et richesse narrative de Cotonou.
Toujours en construction.